AGOA : Le Président Donald Trump prolonge l’accord… mais pose ses conditions

AGOA : Le Président Donald Trump prolonge l’accord… mais pose ses conditions

Après des mois d’incertitude, l’African Growth and Opportunity Act a eu droit à un sursis. Mardi, Donald Trump a officialisé la reconduction de cet accord commercial préférentiel, arrivé à expiration le 30 septembre dernier, qui permet à plusieurs pays africains d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane. Un second souffle, certes, mais lourd de conditions.

Car l’administration Trump n’a pas cédé sans exiger des contreparties. Pour rester éligibles au dispositif, certains États africains ont dû accepter une hausse des droits de douane sur des produits spécifiques. D’autres ont été contraints de signer des accords d’acceptation de ressortissants expulsés du territoire américain. Une mise sous pression inédite depuis la création de l’AGOA en 2000, sous Bill Clinton.

Surtout, cette prolongation est un trompe-l’œil. Elle ne court que jusqu’au 31 décembre 2026, loin des dix ans de visibilité accordés en 2015. La Maison-Blanche justifie ce délai réduit par sa volonté de « moderniser » l’accord pour l’aligner sur la doctrine « America First ». Traduction : l’AGOA n’est plus un instrument de coopération désintéressée, mais un levier de négociation que Washington actionne selon ses intérêts du moment.

Pourtant, l’enjeu est considérable. L’accord concerne 1 800 produits exportés en franchise de droits : pétrole brut, véhicules et pièces automobiles, vêtements, textiles, produits agricoles. En 2024, les échanges entre les États-Unis et l’Afrique ont dépassé les 100 milliards de dollars, selon le Bureau américain du commerce. L’AGOA en est l’un des piliers. Le fragiliser, c’est exposer des filières entières et des centaines de milliers d’emplois sur le continent.

Reste que Washington se réserve le droit d’exclure unilatéralement les pays jugés non conformes à ses critères. Cette épée de Damoclès, combinée à l’horizon court de la prolongation, place les États africains dans une position d’insécurité chronique. Peut-on bâtir une stratégie industrielle et commerciale sur un accord qui peut être révoqué du jour au lendemain ?

L’AGOA vit donc, mais sous assistance. Le temps presse. D’ici décembre, il faudra négocier, convaincre, et pour beaucoup, accepter des conditions qui, hier encore, auraient été impensables. Le partenariat égalitaire vanté à la naissance de l’accord a cédé la place à un rapport de forces dont l’Afrique n’est pas sortie gagnante.

Amen K.

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