Le pari de Salman bin Hamad Al Khalifa, prince héritier et Premier ministre, repose sur une conviction : le pétrole ne sera plus le socle de la prospérité bahreïnienne, et la finance numérique doit devenir le nouveau moteur. En 2026, les chiffres confirment cette bascule. Le secteur financier représente 17,6 % du PIB réel, devenant le premier contributeur non pétrolier de l’économie . Les secteurs non pétroliers dépassent 80 % du PIB, une performance qui distingue Bahreïn de ses voisins du Golfe encore largement dépendants des hydrocarbures .
La stratégie de diversification n’est pas nouvelle, mais elle a été accélérée sous l’impulsion directe du prince héritier, qui préside le Conseil de développement économique (EDB). En 2025, l’EDB a attiré un montant record d’investissements directs étrangers : 942 millions de dinars bahreïnis, soit environ 2,5 milliards de dollars, répartis sur 107 projets, avec à la clé plus de 5 800 emplois prévus sur trois ans . Le secteur manufacturier a capté la plus grande part de ces investissements, suivi du tourisme et des services financiers .
Le véritable laboratoire de cette transformation reste la fintech. Bahreïn a été le premier pays du CCG à lancer un bac à sable réglementaire dès 2017, puis à encadrer l’open banking et les actifs numériques . La Banque centrale de Bahreïn (CBB), sous l’impulsion de l’exécutif, a construit un cadre réglementaire unifié qui attire aujourd’hui plus de 100 entreprises fintech . Le forum Fintech Forward 2026 a généré plus de 60 protocoles d’accord et accueilli près de 3 000 participants, illustrant la capacité du royaume à transformer son cadre réglementaire en avantage compétitif . Des géants comme Google Cloud y testent des infrastructures de règlement tokenisé en partenariat avec des banques locales .
L’industrie n’est pas en reste. En février 2026, le ministère du Commerce et l’ONUDI ont signé un accord pour établir un centre régional d’excellence dans la production de prothèses et la réadaptation, mobilisant intelligence artificielle et impression 3D . Ce projet s’inscrit dans la stratégie industrielle 2022-2026 et la stratégie nationale d’innovation 2025-2035, qui vise à porter l’investissement en R&D à 2 % du PIB d’ici 2035 .
La marque de fabrique de Salman bin Hamad est donc moins une rupture qu’une accélération méthodique : utiliser la position de l’État comme régulateur et investisseur pour créer un écosystème où la finance, la technologie et l’industrie se nourrissent mutuellement. Le pari reste fragile la dépendance aux investissements étrangers et la concurrence de Dubaï et Riyad persistent mais la trajectoire est tracée : Bahreïn ne vend plus du pétrole, il vend un cadre juridique et des talents bilingues à des entreprises mondiales qui cherchent une porte d’entrée réglementaire dans le Golfe.
