Burkina Faso : Quand l’hydrogène vert aidera les Burkinabè à mieux manger, mieux boire et mieux vivre
Le Burkina Faso mise sur une révolution silencieuse mais prometteuse. Mardi 10 février 2026, à Ouagadougou, le ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières, en partenariat avec le Centre ouest-africain de services scientifiques sur les changements climatiques et l’utilisation adaptée des terres (WASCAL), a réuni décideurs et cadres techniques autour d’un sujet aussi stratégique que méconnu : l’hydrogène vert. Derrière la technicité des débats se joue une question essentielle : comment cette énergie propre peut-elle améliorer concrètement la vie des Burkinabè ?
Car l’hydrogène vert n’est pas qu’une promesse lointaine. Produit à partir d’électricité renouvelable solaire notamment et d’eau, il offre trois bénéfices majeurs pour un pays sahélien confronté aux défis climatiques, énergétiques et agricoles.
Aujourd’hui, de nombreuses localités burkinabè restent sous-électrifiées ou dépendent de sources fossiles coûteuses et polluantes. L’hydrogène vert permet de stocker l’énergie solaire produite en excédent et de la restituer à la demande, y compris la nuit. Pour les villages isolés, c’est la perspective d’un accès continu à l’électricité, condition indispensable au développement des services de santé, d’éducation et des petites activités économiques.
L’un des sous-produits de la production d’hydrogène par électrolyse est l’oxygène, mais le processus génère aussi de la chaleur valorisable. Surtout, les projets intégrés dans le cadre du nexus Agriculture-énergie-eau pourraient permettre de coupler unités de dessalement ou de traitement de l’eau avec des électrolyseurs. Autrement dit : produire de l’électricité propre tout en augmentant la disponibilité en eau pour l’irrigation ou la consommation humaine. Dans un pays confronté au stress hydrique, cette synergie est cruciale.
Autre sous-produit stratégique : l’hydrogène est un composant essentiel de la production d’ammoniac, lui-même base des engrais azotés. Aujourd’hui, le Burkina importe la quasi-totalité de ses fertilisants, à grands frais et avec une empreinte carbone élevée. Produire de l’hydrogène vert sur place ouvre la voie à une fabrication locale d’engrais, moins chère et plus accessible pour les agriculteurs. De quoi soutenir la souveraineté alimentaire et améliorer les rendements, sans dépendre des aléas du marché international.
L’atelier du 10 février n’était donc pas une simple réunion technique. Il traduit la volonté du Burkina de ne pas rester en marge de la transition énergétique mondiale, mais d’en faire un levier de développement concret pour sa population. L’hydrogène vert ne résoudra pas tout, et du chemin reste à parcourir entre la formation des cadres et le déploiement à grande échelle. Mais pour la première fois, on ne parle plus seulement d’énergie : on parle d’eau pour boire, d’engrais pour cultiver, de lumière pour apprendre.
Amen K.
