Ghana / Crise du cacao : Le gouvernement contraint de baisser le prix d’achat aux producteurs de 28,6%.

Ghana / Crise du cacao : Le gouvernement contraint de baisser le prix d’achat aux producteurs de 28,6%.

La filière cacao ghanéenne traverse une tempête sans précédent. Face à l’effondrement des cours mondiaux, les autorités ont annoncé jeudi 12 février une réduction drastique du prix de la tonne de fèves, qui passe à 41 392 cédis (3 764 dollars) pour le reste de la saison 2025/2026, soit une baisse de 28,6%. Une décision douloureuse mais présentée comme inévitable par le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson.

Cette mesure, redoutée par les organisations de producteurs depuis plusieurs semaines, intervient dans un contexte de crise aiguë des prix internationaux. Depuis leur record historique de fin 2024, les cours mondiaux du cacao ont chuté de près de 70%, plongeant la commercialisation dans une situation chaotique. Les conséquences sont déjà tangibles : selon le Conseil ghanéen du cacao (Cocobod), 50 000 tonnes de fèves s’accumulent dans les ports, faute d’acheteurs. Certaines estimations, rapportées par Reuters, évoquent même jusqu’à 300 000 tonnes si l’on prend en compte les stocks non réglés chez les opérateurs, les inventaires toujours conservés par les producteurs et les quantités attendues de la récolte intermédiaire de mars à août.

« La situation actuelle est principalement due à la réticence des acheteurs à acquérir le cacao ghanéen, devenu non compétitif et très coûteux », a expliqué le ministre. Les négociants estiment en effet que le prix payé pour les fèves ghanéennes est trop élevé dans un contexte international morose qui a considérablement resserré leurs marges. Ce tarif inclut, outre le cours du marché international fixé à Londres, le différentiel d’origine (une prime liée à la qualité du produit) et le différentiel de revenu décent de 400 dollars par tonne instauré depuis 2020/2021 pour améliorer les conditions de vie des producteurs.

Face à cette crise, Accra a fait le choix de l’ajustement, contrairement à la Côte d’Ivoire voisine dont le Conseil Café-Cacao (CCC) a jusqu’ici maintenu ses prix, selon Bloomberg. Une divergence de stratégie qui pourrait redessiner les équilibres concurrentiels entre les deux géants mondiaux du cacao.

Mais la baisse des prix n’est pas la seule mesure annoncée. Les autorités ghanéennes ont dévoilé un nouveau modèle de financement reposant sur l’émission d’obligations domestiques adossées au cacao. Dans ce dispositif, les remboursements du principal et des intérêts seront directement liés aux recettes générées par les ventes de la récolte. Par ailleurs, un projet de loi devrait être soumis au Parlement plus tard cette année pour indexer les prix bord-champ sur les cours internationaux, tout en garantissant aux producteurs 70% du prix franco à bord (FOB).

Cette annonce, qui ne manquera pas de susciter des réactions parmi les organisations de producteurs déjà éprouvées, illustre la difficulté pour le Ghana de concilier la protection du revenu des cultivateurs avec les réalités impitoyables d’un marché international volatil. Le cacao, troisième source de recettes étrangères du pays après l’or et le pétrole, traverse l’une des crises les plus sévères de son histoire récente.

Amen K.

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