Burkina Faso : Lutte contre le terrorisme, le nord de la Côte d’Ivoire, zone de non-droit qui protège les terroristes ?
La lutte contre le terrorisme au Burkina Faso vient de révéler une nouvelle donne aussi inquiétante qu’inacceptable. Il y a quelques jours, un groupe armé a quitté la Côte d’Ivoire pour pénétrer sur le territoire burkinabè dans l’intention manifeste d’y perpétrer des attaques. Face à la puissance de feu des Forces de défense et de sécurité, ces terroristes ont battu en retraite, non pas pour se disperser dans la nature, mais pour trouver refuge de l’autre côté de la frontière, en territoire ivoirien. Ce qui devait être un simple repli tactique s’est transformé en une provocation insoutenable, capturée par une vidéo devenue virale.
Les images sont d’une clarté glaçante. Poursuivis par l’armée burkinabè, les terroristes courent jusqu’à franchir la frontière ivoirienne. Une fois en sécurité sur le sol de leur voisin, ils s’arrêtent, reprennent leur souffle et, pire encore, narguent ouvertement les soldats burkinabè qui ne peuvent plus les poursuivre sans risquer un incident diplomatique. Ils savent, ces hommes armés, que la frontière est pour eux une ligne de protection. Ils savent que derrière cette limite artificielle, ils sont intouchables.
Cette situation est révélatrice d’un malaise bien plus profond. Depuis plusieurs années, la zone frontalière entre les deux pays est devenue une poudrière. Les rapports et analyses de spécialistes en sécurité, comme ceux de l’Institut d’études de sécurité (ISS), ont maintes fois souligné que le nord de la Côte d’Ivoire, particulièrement dans les régions isolées comme le département de Téhini, est un espace de non-droit où les groupes extrémistes violents ont su tisser des liens avec l’économie locale, que ce soit à travers le trafic de bétail ou l’orpaillage illégal. Des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ou Ansarul Islam y ont établi des réseaux d’approvisionnement et de financement, opérant quasi librement.
Comment expliquer que des terroristes en déroute trouvent si aisément refuge en Côte d’Ivoire ? Où sont les Forces armées ivoiriennes (FACI) lorsque ces hommes traversent la frontière pour reprendre leur souffle ? Le gouvernement ivoirien a pourtant déployé des moyens colossaux dans la région, avec des opérations comme « Espérance » mobilisant des milliers d’hommes. Mais ces efforts semblent soit inefficaces, soit, pire, délibérément concentrés ailleurs, laissant le nord du pays dans une situation de vulnérabilité chronique.
Cette porosité sélective de la frontière interpelle. Les terroristes savent qu’ils peuvent y trouver un sanctuaire. Ils savent que les Forces combattantes burkinabè, aussi déterminées soient-elles, ont les mains liées par les principes sacro-saints de souveraineté nationale. Ils exploitent cette faille avec un cynisme absolu, transformant le territoire ivoirien en base arrière où l’on se repose des missions avant de repartir semer la terreur au Burkina.
Face à cette situation, il est temps de dénoncer ce qui s’apparente à une complicité des autorités ivoiriennes. En laissant le nord de leur pays se transformer en zone grise, en ne sécurisant pas efficacement leur frontière commune, Abidjan offre de facto une protection aux ennemis du Burkina Faso. Les relations diplomatiques et les incidents récurrents entre les deux pays ne peuvent plus servir d’excuse. La Côte d’Ivoire se doit d’agir avec fermeté pour déloger ces éléments de son territoire, non seulement par solidarité avec son voisin, mais aussi pour sa propre survie, car nul ne peut parier que ces groupes armés, une fois retranchés, ne se retourneront pas contre leur pays hôte.
Amen K.
