Sénégal / Autosuffisance laitière : Dakar mise sur l’expertise brésilienne pour muscler sa production.
Le Sénégal accélère sa course à l’autosuffisance laitière. En marge de la Conférence internationale sur la réforme agraire qui se tient à Carthagène, le ministre sénégalais de l’Agriculture, Mabouba Diagne, a annoncé la conclusion imminente d’un accord stratégique avec le Brésil. Une information tombée le 26 février qui dessine les contours d’une coopération technique approfondie entre les deux nations.
Car le constat est là, implacable : malgré les efforts consentis, le Sénégal peine à combler son déficit en produits laitiers. En 2024, le pays a importé près de 34 000 tonnes de lait et dérivés, pour une facture de 65,7 milliards de francs CFA, en hausse de 34 % par rapport à 2020. Des chiffres qui donnent la mesure du chantier à accomplir pour un pays qui figure pourtant parmi les marchés les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, aux côtés de la Mauritanie, du Nigeria ou du Ghana.
La solution ? Puiser dans le savoir-faire brésilien. Le futur protocole d’accord repose sur un pilier central : le transfert de génétique bovine tropicale. Concrètement, la Société brésilienne de recherche agricole (Embrapa) et son homologue sénégalais (ISRA) uniront leurs forces pour importer et adapter des embryons de bovins Gir, une race réputée pour sa productivité laitière en climat chaud.
Ce choix du Brésil n’a rien d’anodin. Le géant sud-américain, cinquième producteur mondial de lait avec plus de 36 millions de tonnes par an, possède une longueur d’avance dans la sélection de races performantes adaptées aux environnements tropicaux. Un atout que Dakar entend bien exploiter pour moderniser son cheptel.
Le partenariat ne se limite pas à la génétique. Il prévoit également un volet structurant : développement de cultures fourragères, formulation de rations alimentaires optimisées, mécanisation des exploitations et formation des éleveurs à la gestion de fermes modernes via des partenariats public-privé.
Un pas de plus dans une coopération déjà rodée. Le Sénégal n’en est pas à son coup d’essai avec le Brésil. Depuis 2017, l’État subventionne l’importation de bovins à haut potentiel, dont les races Guzera et Girolando. Dernière livraison en date : 1 050 têtes réceptionnées en janvier 2026 grâce à un partenariat avec le Groupement pour l’amélioration génétique et l’élevage pastoral (GEPES).
Reste que l’objectif d’autosuffisance est encore loin. Avec une demande intérieure qui explose, le pari sénégalais repose désormais sur cette alliance scientifique et technique avec Brasilia pour transformer l’essai et, à terme, renverser la courbe des importations.
Amen K.
