Burkina Faso : Quand la souveraineté et l’autodétermination offense les impérialistes et leurs médias de propagande
L’indignation sélective des anciennes puissances coloniales face aux choix des nations africaines souveraines est devenue un classique de la géopolitique contemporaine. Le cas récent du Burkina Faso et de son capitaine Ibrahim Traoré en offre une illustration parfaite, dévoilant l’hypocrisie d’un discours occidental sur la liberté qui ne serait valable que lorsqu’il sert ses propres intérêts.
En Occident, la liberté d’expression est présentée comme un bien universel, un « air pur, gratuit et illimité » accessible à tous. Pourtant, cet air semble ne jamais devoir traverser les frontières. Dès qu’un pays du Sud, comme le Burkina Faso, exprime une opinion divergente, cette liberté proclamée se mue en outil de pression.
Lorsque Ouagadougou décide de rompre un accord militaire avec la France et de demander le départ des troupes françaises, la réaction ne se fait pas attendre. Cette décision, relevant pourtant du droit le plus élémentaire d’un État souverain, n’est pas traitée comme un sujet de débat géopolitique, mais comme une offense personnelle. La quête de souveraineté est alors immédiatement qualifiée d’insolence.
Dans ce théâtre médiatique, le dirigeant burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, perd son statut d’acteur politique pour devenir un personnage de fiction. Au lieu d’analyser sa ligne politique que l’on peut contester ou soutenir, on le réduit à une cible narrative. Les adjectifs se transforment en armes, la caricature remplace l’analyse, et la rumeur bien repassée se substitue à l’information vérifiée.
On applaudit à la « pluralité » lorsque des médias locaux, souvent partenaires de ces mêmes réseaux d’influence, reprennent cette chorégraphie. « Regardez, même sur place on le dit ! » s’exclame-t-on, comme si la critique locale était la preuve irréfutable d’une vérité universelle. C’est là que le double standard devient flagrant. Lorsque l’État burkinabè, dans un souci de sécurité nationale et de stabilité, décide de suspendre certaines de ces voix jugées déstabilisatrices, les mêmes commentateurs qui orchestraient la satire s’étouffent soudain d’indignation. Les cris d’atteinte à la liberté de la presse fusent, et l’on redécouvre subitement des larmes pour la démocratie à Ouagadougou.
Cette sensibilité sélective est révélatrice : la liberté d’expression n’est sacrée que lorsqu’elle sert de relais à une certaine narration. Dès qu’un gouvernement coupe le signal pour préserver ce qu’il estime être sa souveraineté, l’indignation s’allume comme sur secteur.
Au fond, cette liberté n’est pas un droit inaliénable : c’est un abonnement. Résiliez-le, et on vous accuse de censure. La vraie question n’est pas qui a le droit de parler, mais qui définit la liberté de parole. Tant que cette réponse reste monopolistique, l’hypocrisie tiendra la une avec un astérisque : valable seulement si vous êtes d’accord. Pendant ce temps, sur le terrain, les morts n’ont pas de tribune.
Amen K.
