Togo : Quand la manne apparente du secteur extractif masque des vulnérabilités structurelles.
Le secteur extractif togolais a officiellement généré 124,25 milliards FCFA de revenus en 2023, selon le dernier rapport ITIE publié fin décembre. Cette somme, en hausse spectaculaire de plus de 550% par rapport aux 19 milliards de 2022, cache cependant une réalité plus complexe et des fragilités persistantes pour les finances publiques.
Cette envolée apparente ne résulte pas d’un boom de la production minière. Elle est principalement due à des opérations de compensation de créances et dettes, pour 102,99 milliards FCFA, impliquant la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT). Une fois ces ajustements comptables mis de côté, la contribution réelle du secteur apparaît moins conséquente.
Dans l’économie nationale, dont le PIB nominal s’élevait à 5 563 milliards FCFA en 2023, le poids direct du secteur extractif reste modeste à 1,1%. Néanmoins, son rôle stratégique est incontestable : il concentre 15,6% des exportations et 10,9% des recettes de l’État, ce qui en fait un pilier pour les devises et l’équilibre budgétaire.
Les 119,4 milliards FCFA de recettes budgétaires tirées du secteur proviennent majoritairement de l’impôt sur les sociétés et des droits de douane, complétés par des dividendes et redevances. Cette manne est extrêmement concentrée : la SNPT et SCANTOGO MINES fournissent à elles seules plus de 97% du total, exposant les finances publiques à la performance de seulement deux acteurs.
Le rapport de l’ITIE met en lumière plusieurs fragilités. Outre cette dépendance excessive, il pointe une lisibilité réduite des flux financiers due aux mécanismes de compensation, ainsi que l’existence de subventions implicites. Un exemple marquant est le tarif préférentiel d’électricité accordé depuis juillet 2022 aux sociétés SNPT, WACEM et SCANTOGO MINES. Ce soutien a représenté un manque à gagner pour l’État estimé à 9,98 milliards FCFA en 2023, équivalant à une dépense quasi-budgétaire.
L’ITIE recommande donc une analyse consolidée, intégrant recettes, compensations et soutiens indirects, pour évaluer avec justesse la contribution nette du secteur. Cette lecture est cruciale pour les projections futures. Par exemple, pour 2026, si les redevances minières strictes sont attendues à un peu plus de 10 milliards FCFA, l’impôt sur les sociétés – où les extractives pèsent lourd – est lui projeté à 201,1 milliards. Ce décalage souligne la nécessité d’une vision globale pour guider la politique économique et sécuriser la rente minière à long terme, au-delà des chiffres bruts.
Amen K.
