Afrique : L’ère des infrastructures numériques, entre opportunités et vigilance
La transformation numérique s’impose comme un pilier du développement socio-économique en Afrique. Pour accélérer cette transition, les États du continent multiplient les partenariats stratégiques. L’Inde vient ainsi d’annoncer la signature de protocoles d’accord avec 23 pays, dont six africains (Sierra Leone, Tanzanie, Kenya, Éthiopie, Gambie et Lesotho), pour une coopération en matière d’infrastructures publiques numériques (DPI).
Cette collaboration vise à transférer des solutions éprouvées dans des domaines clés comme l’identité numérique, les paiements instantanés, l’échange de données et la fourniture de services publics en ligne. Les pays partenaires pourront s’appuyer sur le portail India Stack Global, qui propose l’accès à 18 plateformes numériques indiennes. Parmi elles figurent des systèmes reconnus : Aadhaar (identification biométrique), Unified Payments Interface (paiement en temps réel), DigiLocker (portefeuille de documents officiels), ou encore des plateformes dédiées à la santé (e-Hospital), à la justice (eCourts) et à l’éducation (DIKSHA).
Cette initiative intervient dans un contexte où les DPI sont perçues comme des outils structurants pour moderniser l’administration, étendre l’inclusion financière et améliorer l’accès aux services essentiels. L’Inde, dont les systèmes desservent près de 1,3 milliard d’utilisateurs, se positionne comme un référent majeur dans ce domaine.
Toutefois, cet engouement pour le modèle indien s’accompagne d’interrogations croissantes sur la cybersécurité. Une étude du Forum économique mondial (2025) souligne que la conception sécurisée de ces architectures est devenue un impératif. Le rapport cite plusieurs vulnérabilités observées en Inde, notamment une fuite de données ayant touché plus de 20 millions de citoyens, des tentatives de contournement biométrique et des risques pour la vie privée liés à l’interconnexion massive des systèmes.
Les experts alertent sur des menaces spécifiques : fraudes à l’identité synthétique, biais algorithmiques, cyberattaques alimentées par l’intelligence artificielle et enjeux de souveraineté des données. La compromission de ces infrastructures critiques pourrait non seulement paralyser les services publics, mais aussi éroder durablement la confiance des citoyens.
Alors que l’Afrique accélère sa numérisation, le défi consiste donc à adopter des technologies transformatrices tout en intégrant, dès la conception, des garde-fous robustes en matière de protection des données, de résilience technique et de gouvernance éthique. L’équilibre entre innovation et sécurité définira la soutenabilité de cette transformation.
Amen K.
