Burkina Faso – Côte d’Ivoire / Lèvée du visa douanier, entre défiance et nécessité le geste d’Abidjan suffira-t-il à panser les relations moroses entres les deux pays ?
En apparence, c’est une bonne nouvelle. Les autorités ivoiriennes viennent de supprimer l’obligation du visa douanier pour les marchandises en transit vers le Mali et le Burkina Faso. Ce verrou administratif, vieux de 25 ans, imposait que tout produit quittant le territoire ivoirien à destination des pays de l’hinterland obtienne un aval physique des représentations douanières maliennes et burkinabè basées en Côte d’Ivoire. Une mesure qui, sur le papier, devrait fluidifier les échanges et accélérer le transit régional.
Pourtant, loin de susciter l’enthousiasme général, cette décision soulève de légitimes interrogations. Le contexte diplomatique entre la Côte d’Ivoire, membre de la CEDEAO, et les pays de l’AES (Alliance des États du Sahel) reste morose. Les relations sont tendues, marquées par une méfiance réciproque depuis les coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Ce qui alimente le doute, ce sont les indiscrétions du terrain. Selon plusieurs sources, de nombreux commerçants maliens et burkinabè auraient déjà abandonné le port d’Abidjan au profit d’autres ports de la sous-région, notamment ceux de Lomé (Togo), de Cotonou (Bénin) ou de Dakar (Sénégal). Pourquoi ce changement ? La raison tient aux sanctions économiques imposées par la CEDEAO après l’arrivée des militaires au pouvoir. Ces sanctions, bien que partiellement levées, ont profondément perturbé les chaînes logistiques et érodé la confiance des opérateurs.
Aujourd’hui, face à cette fuite des clients historiques, les autorités ivoiriennes semblent revoir leur copie. La levée du visa douanier apparaît comme un signal pour reconquérir ces marchés perdus et faire face à une concurrence régionale de plus en plus vive. Mais une question demeure : cette seule mesure suffira-t-elle à faire revenir les opérateurs économiques ?
Rien n’est moins sûr. La confiance, une fois brisée, ne se rétablit pas par un simple décret. Les commerçants ont désormais des alternatives fiables, moins coûteuses et moins bureaucratiques. Pour les convaincre, Abidjan devra aller plus loin : garantir la sécurité des convois, réduire les tracasseries aux corridors, et surtout, apaiser le climat politique. Sans ces conditions, la levée du visa douanier risque de rester un geste symbolique, utile mais insuffisant pour inverser la tendance.
Amen K.
