Afrique de l’Ouest / Câbles sous-marins : Deux ans après la crise, la résilience reste un chantier régional.
Deux ans après la paralysie numérique qui a frappé treize pays d’Afrique de l’Ouest, la protection des câbles sous-marins reste une priorité stratégique. Le lundi 13 juillet, l’Assemblée des régulateurs des télécommunications d’Afrique de l’Ouest (WATRA) a appelé à une coordination régionale renforcée, en écho aux rapports du Comité consultatif international sur la résilience des câbles, piloté par l’UIT et l’ICPC.
Le 14 mars 2024, quatre systèmes majeurs WACS, ACE, MainOne et SAT-3 avaient été sectionnés au large de la Côte d’Ivoire, provoquant une chute de plus de 50 % du trafic Internet. Au Nigeria, des banques avaient dû fermer, des plateformes fintech étaient hors service, et des entreprises dépendantes du cloud avaient subi des interruptions prolongées. Une panne révélatrice d’une fragilité structurelle ; les quatre câbles convergeaient vers le même point géographique, illustrant une concentration à risque.
Selon le groupe de travail Infrastructure de la WATRA, la région dispose aujourd’hui de 12 systèmes câblés pour 37 points d’atterrissage, avec une capacité de plus de 613 téraoctets. Mais 85 % des ruptures restent dues à l’activité humaine, pêche et ancrage, donc évitables avec une meilleure régulation. « La résilience des câbles n’est pas qu’une question technique, mais une question économique et sociale », a insisté le secrétaire exécutif de la WATRA, Aliyu Yusuf Aboki, rappelant que les réparations, coûtant entre 1,5 et 8 millions de dollars, sont ralenties par l’éloignement des navires spécialisés, basés au Cap.
La fragmentation des gouvernances aggrave le problème : chaque État membre applique ses propres procédures d’autorisation et protocoles d’urgence, alors que les réseaux fonctionnent à l’échelle régionale. Cette disparité expose une économie numérique estimée à 150 milliards de dollars, dans une zone au PIB combiné de 800 milliards.
La crise a toutefois accéléré des solutions alternatives. Durant le blackout, Starlink et NigComSat ont assuré une connectivité ininterrompue, prouvant la résilience des réseaux spatiaux. Depuis, le Nigeria a licencié Amazon Kuiper et renforcé son partenariat avec Eutelsat/OneWeb ; l’Angola a déployé Angosat-2 ; Airtel, MTN et Orange ont signé des accords avec des fournisseurs satellite. Une diversification louable, mais ces solutions restent coûteuses, un abonnement Starlink équivaut à 22 à 37 % du revenu mensuel moyen en Afrique subsaharienne et créent une dépendance aux opérateurs étrangers.
Les recommandations de l’organe consultatif insistent sur l’harmonisation des réglementations, la simplification des procédures d’urgence, le partage d’informations et l’investissement dans la redondance des routes. « Ce ne sont pas des solutions techniques, mais des interventions réglementaires aux conséquences économiques », a conclu Aboki. La leçon de 2024 est que sans gouvernance régionale unifiée, la moindre coupure de câble peut encore faire vaciller des économies entières.
Amen K.
