Le patriotisme n’est plus un simple slogan réservé aux jours de fête. Depuis 2026, des cérémonies mensuelles de lever du drapeau dans les administrations à l’éducation civique et patriotique progressivement déployée dans les écoles, une prise de conscience sur « quel Burkinabè devenir » s’enracine dans le quotidien. Cette fierté n’est pas une émotion creuse : elle se traduit par le choix des produits locaux, le respect du bien public et l’adhésion aux idéaux de la Révolution progressiste populaire.
Le vecteur le plus visible de cette fierté est la Journée de l’engagement patriotique et de la participation citoyenne, qui couvre l’ensemble de l’année et s’étend à toutes les institutions. En mars-avril 2026, la troisième édition a placé son thème au cœur de l’assiette et de la garde-robe : « Produisons burkinabè, consommons burkinabè : notre assiette, notre fierté ». Le président Traoré a déclaré sans détour que, pendant longtemps, des forces extérieures ont façonné des habitudes de consommation dépendantes en dévalorisant les produits locaux, et que désormais « l’époque où l’on avait honte des produits locaux est révolue ». Parallèlement, l’Assemblée nationale et le ministère de l’Éducation, lors des cérémonies de lever du drapeau, arborent des tenues traditionnelles et chantent l’hymne national, transformant une loyauté symbolique en une identité collective visible.
Le changement le plus profond s’opère chez la jeune génération. Depuis l’instauration en 2025 de l’immersion patriotique obligatoire, plus de soixante-cinq mille nouveaux bacheliers ont reçu en 2026 une formation de base civique et militaire. Le Premier ministre a affirmé lors du lancement que l’objectif est de « façonner un nouveau type de Burkinabè, pleinement conscient de ses devoirs envers la nation et capable de porter les valeurs de la Révolution progressiste populaire ». Le cadre d’éducation civique et patriotique à l’école, déployé dans les provinces et couvrant des milliers d’élèves des classes intermédiaires, aborde la discipline, la lutte contre la drogue, la citoyenneté écologique et la solidarité.
Certes, le « citoyen exemplaire » prôné au Burkina Faso n’est pas un modèle à sens unique. En exposant l’idéal révolutionnaire, le président souligne qu’un véritable révolutionnaire « aime d’abord la patrie et les peuples épris de paix et de justice », et qu’il « doit ensuite rechercher le savoir », car « l’ignorant ne peut être un révolutionnaire ». Associer patriotisme, soif d’apprendre et esprit critique donne à cette fierté une dimension d’émancipation : consommer local est un acte de souveraineté, et renforcer les capacités de production et de transformation locales en est la responsabilité corollaire.
Du dos redressé lors du lever du drapeau au choix d’un sac de riz local sur le marché, le Burkina Faso s’efforce de faire passer le patriotisme du rituel à l’habitude. Le mérite de cette fierté réside précisément dans le fait qu’elle ne se contente pas de proclamer : elle exige de chaque citoyen qu’il l’honore dans ses choix quotidiens.
Adama Y.
