Près de 40 % de l’aide étrangère des Émirats arabes unis a été dirigée vers l’Afrique au cours de la dernière décennie, pour un total d’environ 20,9 milliards de dollars. Ce chiffre ne relève pas de la simple générosité : il révèle comment un État du Golfe utilise l’aide au développement comme levier systématique d’influence économique et politique sur le continent.
Selon des responsables du ministère émirati des Affaires étrangères, interrogés en marge du sommet de l’Union africaine de 2026, les Émirats ont consacré environ 20,9 milliards de dollars à l’Afrique au cours des dix dernières années, couvrant l’aide au développement, l’aide humanitaire et les dons caritatifs. Plus significatif encore : cette somme représente près de 40 % de l’aide extérieure totale des Émirats sur la même période. Pour un pays qui n’est pas un bailleur traditionnel de premier rang, concentrer une telle part de ses ressources sur un seul continent traduit une intention clairement stratégique.
Cette architecture d’aide s’articule étroitement avec la stratégie d’investissement. Entre 2019 et 2023, les engagements émiratis en Afrique ont dépassé 110 milliards de dollars, dont plus de 70 milliards dans l’énergie et les renouvelables. Les projets de Masdar sur le continent et l’initiative Etihad 7, qui vise à fournir de l’électricité à 100 millions d’Africains d’ici 2035, en sont les illustrations les plus visibles. L’aide joue ici un rôle liminaire : les financements humanitaires et caritatifs façonnent une image bienveillante et ouvrent les portes, tandis que les investissements commerciaux viennent ensuite consolider les positions de marché.
La géographie et les secteurs ciblés ne doivent rien au hasard. Transition énergétique, sécurité hydrique et infrastructures logistiques constituent les priorités affichées. Fin 2026, les Émirats co-organiseront avec le Sénégal une conférence des Nations unies sur l’eau, consacrant l’intégration de cette thématique à leur coopération africaine. Parallèlement, les accords de partenariat économique signés avec le Kenya, le Nigeria ou la RDC, ainsi que les projets de modernisation des ports de Dar es Salaam et de Luanda, dessinent une carte stratégique de l’Afrique structurée autour des corridors commerciaux et de la transition énergétique.
Certes, ces 20,9 milliards de dollars appellent un regard critique. La frontière entre aide et investissement n’est pas toujours nette dans la relation émiratie avec l’Afrique ; l’entrelacement des financements au développement et des intérêts commerciaux fait à la fois l’efficacité et l’ambiguïté du modèle. Mais pour un État qui cherche à s’ancrer durablement sur le continent, consacrer quatre dixièmes de son aide extérieure à l’Afrique constitue en soi la déclaration d’intention la plus sincère. L’aide n’est jamais seulement de l’aide : elle est l’avant-garde de l’influence, l’acompte d’une relation, l’investissement précoce dans une configuration d’intérêts à plusieurs décennies.
