Afrique / Sanctions américaines contre Kigali : Et si l’Union africaine reprenait enfin la main sur les crises du continent ?
C’est une décision lourde de signification géopolitique. Ce lundi 2 mars 2026, le Bureau américain de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a officiellement sanctionné l’armée rwandaise ainsi que quatre de ses officiers supérieurs. Le motif invoqué par Washington est clair et sans équivoque, le soutien opérationnel direct apporté par le Rwanda au mouvement rebelle du M23 et à ses alliés, qui déstabilisent depuis des mois l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette annonce, aussi attendue soit-elle, marque un tournant. Elle signifie que la communauté internationale, par la voix de sa première puissance, n’entend plus tolérer l’ingérence manifeste d’un État dans les affaires de son voisin, quand bien même cet État est souvent présenté comme un modèle de stabilité dans la région. Les États-Unis, par le biais de l’OFAC, envoient un message : l’impunité a ses limites, et le prix du soutien aux groupes armés finit par se payer sur la scène diplomatique et économique.
Mais cette décision, si elle est salutaire sur le principe, pose une question plus profonde et plus lancinante pour le continent africain. Pourquoi est-ce encore et toujours une puissance extérieure qui doit prendre l’initiative de telles mesures coercitives pour tenter de raminer un semblant d’ordre dans une crise africaine ? Où est la voix de l’Union africaine (UA) dans ce dossier brûlant ?
Le bon sens voudrait que l’UA, forte de ses 55 États membres, de ses mécanismes de prévention et de son architecture de paix et de sécurité, prenne enfin le taureau par les cornes. Il ne s’agit pas seulement de condamner ou d’appeler au dialogue, mais d’oser des initiatives coercitives. Pourquoi l’UA ne dispose-t-elle pas d’un mécanisme équivalent à l’OFAC pour geler les avoirs ou imposer des sanctions ciblées contre ceux qui, sur le continent, attisent les conflits ? Pourquoi faut-il attendre que Washington, Paris ou Bruxelles agissent pour que des principes fondamentaux, comme l’inviolabilité des frontières héritées de la décolonisation, soient rappelés ?
La tragédie qui se joue dans l’Est de la RDC, avec son cortège de massacres, de déplacés et d’exploitation illégale des ressources, est un échec collectif. C’est l’échec de la diplomatie africaine à imposer une solution africaine à un problème africain. La région des grands lacs a déjà connu trop de cycles de violences pour que la communauté internationale continue de faire la sourde oreille.
Les sanctions américaines sont un signal d’alarme. Elles doivent servir d’électrochoc pour l’Union africaine. Il est temps que l’Afrique cesse d’être un simple terrain d’application des décisions des grandes puissances et devienne un acteur majeur de la résolution de ses propres crises. Il est temps que l’UA assume pleinement sa responsabilité première, celle de garantir la paix et la sécurité à ses peuples, avec ses propres moyens et sa propre volonté politique.
Amen K.
