Ghana / FMI : Le pays tourne la page du prêt, pas celle du gendarme comptable

Ghana / FMI : Le pays tourne la page du prêt, pas celle du gendarme comptable

Le ton était solennel. Le 28 mai 2026, devant le Parlement ghanéen, le ministre Cassiel Ato Baah Forson a martelé trois fois la même promesse : « Plus jamais, plus jamais, plus jamais ». Le Ghana, affirme Accra, en a fini avec les sauvetages du Fonds monétaire international. Le président John Mahama avait déjà prévenu en janvier : ce sera la dix-septième et dernière fois que le pays « ira se mettre à genoux ».

Sur le papier, les chiffres donnent raison à cette fierté retrouvée. La dette publique est passée de 61,8 % du PIB fin 2024 à 44,7 % fin 2025, atteignant huit ans d’avance sur l’objectif légal. L’inflation, qui frôlait les 24 %, est redescendue à 3,4 % en avril 2026. Le cedi a bondi de 40,7 % face au dollar en un an. Fitch a relevé la note souveraine de B- à B avec perspective positive. Un rétablissement spectaculaire.

Pourtant, derrière la rhétorique de rupture, la réalité est plus nuancée. Accra n’a pas refermé la porte du FMI. Elle l’a déplacée. Au lieu d’un nouveau prêt, le Ghana a sollicité un Policy Coordination Instrument (PCI), un dispositif non financier dont l’approbation par le conseil d’administration du Fonds est attendue le 27 juillet prochain.

Concrètement, ce cadre s’étalera sur trois ans, jusqu’en 2029. Pendant cette période, les techniciens de Washington viendront régulièrement examiner les comptes publics ghanéens. Le gouvernement devra tenir des objectifs précis sur le déficit, la dette et la gestion des entreprises publiques. À chaque revue, le FMI donnera son verdict. La différence avec les programmes antérieurs est simple : cette fois, pas un centime ne sort des caisses du Fonds. C’est un instrument de surveillance, pas un prêt.

Pour les investisseurs internationaux, ce PCI constitue le signal que le Ghana continue de jouer la discipline budgétaire. Pour Accra, c’est l’assurance de garder la confiance des marchés sans alourdir la facture extérieure. Mais le précédent sénégalais invite à la prudence. Dakar avait adopté le même instrument en 2020, présenté comme l’aboutissement d’années de rigueur. En 2023, le Sénégal signait un nouveau programme financier de 1,8 milliard de dollars, avant qu’un audit post-alternance ne révèle une dette dissimulée avoisinant les 132 % du PIB. Le Ghana dit tourner la page. Mais rester sous surveillance jusqu’à la présidentielle de 2028 montre que le FMI n’a pas tout à fait quitté la salle.

Amen K.

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