Ghana : Quand l’ombre de la dette plane sur les avancées énergétiques
Le Ghana a traversé, ces derniers mois, des tensions dans l’approvisionnement en énergie. Fin mai 2025, l’arrivée d’un cargo de 450 000 barils de fuel léger importé du Nigeria a permis au pays d’éviter une pénurie majeure d’électricité. Aujourd’hui, la situation est revenue à la normale, avec un approvisionnement jugé stable et même un excédent exporté vers certains pays voisins.
Cependant, derrière cette relative stabilité se cache une crise structurelle : la dette du secteur énergétique. Selon les données officielles, elle atteint environ 80 milliards de cedis (5,6 milliards USD). Cette dette, jugée « insoutenable » par les autorités elles-mêmes, représente un lourd fardeau pour les finances publiques.
La principale difficulté vient de l’Electricity Company of Ghana (ECG), dont les arriérés dépassent 60 milliards de cedis (4,2 milliards USD). Une grande partie de ces dettes résulte des contrats passés avec des producteurs indépendants d’électricité (IPP). Ces accords incluent des clauses dites take-or-pay, qui obligent l’État à payer pour des capacités de production même lorsqu’elles ne sont pas utilisées. En octobre 2024, cette situation avait entraîné la fermeture temporaire de la centrale thermique Sunon Asogli (560 MW), faute de règlement d’une créance de 259 millions USD.
Pour tenter de résorber les arriérés, le Parlement ghanéen a adopté en juin 2025 une hausse de 1 cedi par litre sur les produits pétroliers. Cette mesure devrait rapporter environ 5,7 milliards de cedis par an. Malgré cet effort, le ministère des Finances estime qu’il faudra près de 3,7 milliards USD pour apurer les dettes existantes, tandis que l’encours global du secteur atteignait déjà 3,1 milliards USD fin mars 2025. Sans réformes profondes, le déficit cumulé pourrait dépasser 9 milliards USD dès l’an prochain.
Ainsi, même si le Ghana affiche aujourd’hui une production électrique suffisante et parvient à exporter son surplus, la fragilité du secteur reste entière. La dette énergétique constitue l’un des principaux défis économiques du pays, avec des conséquences directes sur la stabilité macroéconomique. Selon la Banque mondiale, la croissance devrait ralentir à 3,9 % en 2025, contre 4,2 % en 2024, en partie à cause de cette situation.
Amen K.
