Nigeria : L’avenir d’Eric Chelle, révélateur d’une tension institutionnelle
Le débat sur l’avenir du sélectionneur des Super Eagles, Eric Chelle, a été réactivé dès la fin de la CAN 2025. Cependant, les positions publiques divergentes de deux institutions majeures révèlent un véritable bras de fer sur la gouvernance du football nigérian, faisant de l’entraîneur franco-malien un enjeu de pouvoir.
D’un côté, la Commission Nationale des Sports (NSC), par la voix de son directeur général Bukola Olopade, affiche une volonté proactive et pressante de prolonger le contrat de Chelle. Olopade a révélé avoir déjà entamé des discussions informelles, allant jusqu’à recevoir le technicien à son domicile à Abuja. Son argumentaire est double : la nécessité d’agir vite face à l’intérêt d’autres nations africaines, et le rôle financier de la NSC, qui verse le salaire de l’entraîneur. « Eric Chelle ne va nulle part », a-t-il assuré, vantant le travail d’un homme qui a transformé l’équipe en « l’une des plus excitantes du continent » avec un jeu libérateur pour ses stars.
De l’autre, la Fédération Nigériane de Football (NFF) adopte une posture strictement contractuelle et beaucoup plus patiente. Son président, Ibrahim Gusau, rappelle que Chelle a signé un bail de deux ans en janvier 2025 et qu’il n’est donc qu’à mi-parcours. Il a catégoriquement écarté toute discussion immédiate, indiquant qu’une évaluation n’interviendrait que dans les six derniers mois du contrat actuel, soit vers mi-2026. Cette position contraste vivement avec l’empressement affiché par la NSC.
Cette divergence publique met en lumière les tensions structurelles entre l’organe régulateur étatique (NSC) et l’instance dirigeante du football (NFF). Elle place Eric Chelle, dont la cote est au plus haut après une troisième place à la CAN, dans une situation singulière. Alors que son nom est lié à des sélections comme l’Angola ou le Gabon, l’entraîneur devient malgré lui le point focal d’une lutte d’influence.
Le calendrier sportif ajoute une dimension stratégique à ce différend. L’échec à se qualifier pour la Coupe du Monde 2026 offre une période calme jusqu’aux éliminatoires de la CAN 2027 en septembre. Pour la NSC, c’est le moment idéal pour sécuriser l’avenir. Pour la NFF, c’est au contraire une raison de ne pas précipiter les décisions.
Au-delà de la personne de Chelle, cette controverse pose une question fondamentale : qui décide réellement de l’avenir technique des Super Eagles ? La réponse apportée à ce conflit jettera une lumière crue sur les rapports de force qui régissent le football nigérian et sur sa capacité à gérer sereinement le succès.
Amen K.
