AES : Quand la CPI s’inquiète du départ des trois pays, mais jamais de sa propre partialité
La Cour pénale internationale s’inquiète. Dans un communiqué publié ce mercredi, la Présidence de l’Assemblée des États parties exhorte le Burkina Faso, le Mali et le Niger à renoncer à leur retrait du Statut de Rome, évoquant une « quête collective de justice » qui serait compromise. Un an après l’officialisation de la procédure de retrait du Niger, dont l’effectivité est attendue pour le 18 juin 2027, la Cour découvre soudainement les vertus du dialogue. Étrange sursaut, quand on connaît le silence assourdissant de cette institution face à d’autres crimes, commis par d’autres mains.
Car soyons clairs : la CPI n’a jamais été cette juridiction universelle et impartiale qu’elle prétend incarner. Elle a été, depuis sa création, un instrument à sens unique, pointé presque exclusivement vers les dirigeants africains, pendant que des chefs d’État occidentaux, auteurs de guerres d’agression, de bombardements de populations civiles et d’ingérences meurtrières sur plusieurs continents, continuent de circuler librement, honorés dans les capitales du monde entier. Où sont les mandats d’arrêt contre ceux qui ont ravagé l’Irak, la Libye ou tant d’autres nations sous de faux prétextes ? Le silence de la Cour à leur égard est éloquent.
Pire encore, cette justice sélective s’étend à certains dirigeants africains eux-mêmes, ceux qui ont su rester dans les bonnes grâces des puissances occidentales. Tant qu’un chef d’État sert les intérêts de Paris, Washington ou Bruxelles, il jouit d’une immunité de fait, quels que soient ses agissements. Mais qu’un dirigeant africain ose affirmer sa souveraineté, refuse la tutelle néocoloniale, et voilà que la même Cour redevient soudainement vigilante.
Comment, dans ces conditions, exiger des nouveaux dirigeants africains, ceux qui arrivent au pouvoir portés par une aspiration populaire à la rupture, qu’ils demeurent membres d’une organisation qui les traite en accusés permanents ? La CPI ne peut pas prétendre défendre la lutte contre l’impunité tout en pratiquant elle-même une impunité à géométrie variable. Ce n’est pas de la justice, c’est de l’instrumentalisation.
Plutôt que de multiplier les appels au dialogue et les regrets diplomatiques, la CPI ferait bien de se livrer à une véritable introspection. Qu’elle interroge sa propre gouvernance, la composition de ses juges, le choix de ses dossiers, l’origine de son financement. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ne quittent pas la justice internationale, ils quittent une mascarade. Et tant que la Cour refusera de se remettre en question, d’autres nations africaines suivront cette voie.
Amen K.
